Mon but unique : « Retrouver mes racines«
J’aime la vie, mais je ne suis pas au bon endroit
Je suis furieux d’être enclavé du monde depuis 22 ans dans un trou perdu, sans amis, sans vie sociale, sans vrai travail avec un revenu décent qui me permettrait de retrouver mes origines, mon style de vie, mes amis, ma vie affective et mon « chez moi ».
Lormes est pour moi une rupture avec mon histoire et ma réussite sociale. J’ai perdu mes repères et ma liberté. Je veux retrouver mes racines dans la sécurité.
Je dis : « ma vie est à Paris« .
On me répond, « oui, mais maintenant tu es à Lormes, il faut vivre ici« .
Comme si on pouvait impunément déplacer des êtres humains selon les besoins comme de vulgaires objets.
Mourir hors du temps
le dépeuplement des zones rurales
Je comprends que les campagnes sont incapables de garder leurs enfants les plus ambitieux dans leur région faute de travail et de vie intéressante.
Alors, les responsables politiques et administratifs cherchent à attirer des gens (Français ou non) dans ces lieux désertifiés de population, sans vie économique suffisante ni tout ce qui est essentiel à la vie moderne qui va de la culture à la santé.
S’il est jugé nécessaire que des gens viennent habiter et travailler dans les campagnes, plutôt que de les couper définitivement de leurs racines il faut leur proposer des « contrats de déplacement provisoire » en zone rurale sans perte de revenu pour des durées définies et renouvelables.
Les déplacés auront ensuite la possibilité de retourner dans leur ville d’origine sans perte d’avantages acquis dans leur niveau de vie.
Il faut remplacer l’habitat ancien mal isolé et particulièrement polluant par un nouvel habitat moderne produisant de l’énergie.
Cette vie n’est pas la mienne
Dans certaines campagnes isolées, purement et simplement, il manque tout : pas de commerce, pas de médecin. Ne parlons pas du réseau téléphonique et de l’Internet aux abonnés absents. Il n’y a rien que des maisons plus ou moins délabrées.
C’est vrai qu’il y a pire que Lormes. C’est un village. Pire, c’est de se retrouver en pleine nature, complètement isolé d’absolument tout. Ça ne me console pas. J’avais construit la vie qui me correspondait. On me l’a détruite par l’enfermement dans ce Morvan. Je vis dans la dépendance, « avec des chaînes » (revenu insuffisant) qui m’empêchent de retourner chez moi.
Attirer des gens dans les campagnes, c’est les envoyer au « casse-pipe » !
Certaines régions vous invitent gratuitement. Ils mettent « les petits plats dans les grands » pour vous séduire. Ils jouent les « cartes du désespoir » pour vous faire craquer et recréent le jardin d’Éden loin de la ville.
Plus discrets, ce sont les conditionnements mentaux des citadins depuis des dizaines d’années par les médias.
Les gens réfléchissent et comprennent les risques de s’exiler loin des villes. Un jour, ils vivent un stress important et se font emporter par le conditionnement mental reçu des années durant. Ils perdent tout.
Vivre en ville : d’énormes avantages
Une vie plus facile
On a tellement de reproches à faire à la ville qu’on en oublie pourquoi les villes se sont créées.
En se regroupant, on réduit fortement les coûts des déplacements. La vie en immeuble réduit fortement les dépenses énergétiques et la pollution. Beaucoup d’autres choses deviennent plus accessibles, moins chères, de meilleure qualité, plus écologique ou ne peuvent tout simplement exister qu’à partir d’une population importante.
Des transports en commun efficaces
On oublie les kilomètres à parcourir pour aller faire ses courses à la campagne sans transport en commun bien souvent. En ville, on a tout sur place.
À Paris, la capitale est quadrillée de métros toutes les 85 secondes à 4 minutes selon l’heure et la ligne avec environ 300 stations. C’est le moyen de transport le plus économique (1.90 € par ticket, 1.45 € par carnet de 10). Il y a aussi les autobus, les tramways, les RER et les trains vers la banlieue ainsi que les grandes lignes.
Dans les zones rurales, les transports en commun sont rares. Quand ils existent, c’est en nombre très limité (1 ou 2 par jour, voire, seulement certains jours).
Gagner moins et payer plus
Pour les courses, les prix sont les mêmes qu’en région parisienne voir plus élevés. Il faut en plus ajouter le coût du déplacement en voiture.
Pour trouver de grands centres commerciaux comme en région parisienne, il faut parfois parcourir plus de 200 kilomètres aller-retour.
Pour moi, le seul concessionnaire de mon scooter (Honda) se trouve à DIJON. Je profite de chaque révision pour faire des achats que je ne trouve que là. C’est un parcours de 250 kilomètres.
Quant au rêve de cultiver son jardin, il faut déjà avoir un jardin et passer du temps à s’en occuper. Cultiver soi-même son jardin ne garantit pas la qualité sanitaire des aliments : par exemple, pollution de l’eau, du sol, de l’air.
À la campagne, tout devient compliqué, polluant et coûteux
Le prix d’une ou deux voitures à entretenir pour les déplacements est très coûteux. C’est souvent une part importante des maigres salaires dans ces régions (quand on a la chance d’avoir un travail et de le garder). On oublie vite les bons restaurants, les sorties spectacles et shoppings de folie.
Il en va de même pour les carrières professionnelles. Les débouchés sont très limités et bien moins payés qu’à Paris. Les frais de transport grèvent souvent significativement le salaire.
On n’est jamais sûr de garder son emploi. Quand on le perd, à la campagne, c’est trop souvent définitif. En ville, on a davantage de chance d’en retrouver un.
Tout devient compliqué et coûteux. On se restreint vite à une vie minimaliste.
Rural : plus de pollution, mais discrète
Ceux qui ont la conscience écologiste pourront calculer l’empreinte carbone engendrée par les maisons individuelles mal isolées et les déplacements en voiture pour la moindre nécessité comme d’aller travailler ou d’emmener les enfants à l’école. Cette pollution est largement dispersée et ne se voit pas. Elle est néanmoins pire qu’en ville : il ne faut pas se mentir.
Rural : quand ça tourne mal
Que dire de la maison qui se dégrade et qu’il faut constamment entretenir. Il faut trouver les professionnels compétents et ce n’est pas gagné.
Que se passera-t-il le jour où l’on ne peut plus conduire ?
C’est vrai qu’il y a une économie si on ne part plus en vacances ou en week-end.
En ville, il y a des gens qui vivent sans voiture. En zone rurale, c’est très compliqué.
Les chemins de la misère
Si vous vous déplacez souvent à pied, en ville, la voirie est constamment entretenue. En zone rurale, c’est beaucoup moins régulier. Les trottoirs sont souvent absents.
Dans ma région, lors des chaleurs de l’été, le revêtement des routes se liquéfie. Alors, la chaussée est recouverte d’une couche de gravillons qui rend la circulation en deux roues dangereuse.
Dans les premiers jours de mon arrivée à Lormes, je me suis tordu la cheville dans un trou de la route. J’ai souffert d’une entorse plutôt violente dans les premiers jours. Je ne pouvais plus marcher.
Ensuite, j’ai pris l’habitude de bien regarder où je mettais les pieds.
Perdre ses liens sociaux, se retrouver seul
Si vous aimez avoir une vie sociale, avoir de nombreux amis, sortir ensemble ou les uns chez les autres, en zone rurale, c’est beaucoup plus limité.
Dans les premiers temps, vos anciens amis vous rendront peut-être visite, mais la distance finit par couper les liens. Personnellement, j’ai eu de la visite durant 18 ans, puis quelques appels téléphoniques, et après 20 ans, plus rien.
De mon côté, je ne peux même plus entrer dans Paris pour leur rendre visite à cause de l’âge de mon véhicule, des risques de panne et des frais occasionnés par l’hébergement.
Michel Berger et France Gall « Ça balance pas mal à Paris »
